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Vous dirigez une PME ou une société rentable. Après avoir payé vos charges, vos salaires et votre IS, il reste de la trésorerie sur le compte de la société. Peut-être 100 000 €, peut-être 400 000 €, parfois plus. Et cette trésorerie dort.

Votre banquier vous a proposé un dépôt à terme. "C'est garanti, c'est simple, c'est 3 %." C'est précisément parce que c'est simple pour lui — et pas forcément optimal pour vous — qu'il faut regarder les autres options.

Cet article passe en revue toutes les solutions disponibles pour une personne morale, leurs rendements réels nets d'IS, leurs contraintes de liquidité, et la raison pour laquelle le compte-titres avec produits structurés est souvent la solution la plus intéressante que personne ne vous propose.


Le vrai coût de ne rien faire

La trésorerie qui stagne sur un compte courant professionnel rapporte, dans le meilleur des cas, 0,1 à 0,5 % sur un livret bancaire pro. Après IS à 25 %, c'est 0,075 à 0,375 % net. Autrement dit : rien.

Prenons un exemple concret. Une société avec 300 000 € de trésorerie disponible depuis 18 mois :

300 000 € sur compte courant pro pendant 18 mois
Situation
Intérêts bruts
Net d'IS (25 %)
Livret pro à 0,5 %
2 250 €
1 688 €
DAT à 3 %
13 500 €
10 125 €
OPCVM monétaire à 3,5 %
15 750 €
11 813 €
Produit structuré capital garanti (coupon 5,5 %)
24 750 €
18 563 €

La différence entre "ne rien faire" et "optimiser" représente ici près de 17 000 € net d'IS sur 18 mois. Pour une société qui génère ces niveaux de trésorerie, c'est un manque à gagner systématique qui se répète année après année.

Le DAT : pourquoi ce n'est pas la réponse

Le dépôt à terme (DAT) ou compte à terme est la solution par défaut que toutes les banques proposent. Et elles ont de bonnes raisons de le faire : c'est rentable pour elles, et ça vous satisfait sans vous poser trop de questions.

Voici pourquoi il mérite qu'on le regarde de plus près.

Un rendement net médiocre

En 2026, les DAT affichent des taux de 2,5 à 3,5 % brut selon la durée et la banque. C'est mieux que rien. Mais dans une société soumise à l'IS à 25 %, le rendement net tombe à 1,875 à 2,625 %. Avec une inflation encore autour de 2 %, le rendement réel est proche de zéro.

Un capital bloqué sans flexibilité

Par définition, un DAT vous engage sur une durée fixe — 3 mois, 6 mois, 1 an, parfois 2 ans. Si votre société a besoin de cette trésorerie avant l'échéance (opportunité d'acquisition, BFR saisonnier, investissement imprévu), vous sortez avec une pénalité, ou vous ne pouvez pas sortir du tout.

Ce que beaucoup ignorent : la "garantie" d'un DAT est couverte par le Fonds de Garantie des Dépôts (FGDR) jusqu'à 100 000 € par établissement. Au-delà, vous êtes un créancier ordinaire de la banque. Placer 400 000 € dans un DAT d'une seule banque n'est donc pas aussi "sécurisé" qu'on vous le dit.

Aucune participation à la hausse

Le DAT vous verrouille à un taux fixe. Si les marchés montent de 15 % pendant votre période de blocage, vous touchez vos 2,25 % net et c'est tout. Votre banque, elle, a utilisé votre dépôt pour financer des crédits à 5-6 %.

Le DAT a sa place pour une réserve de liquidités très courte terme (1 à 3 mois) ou pour une trésorerie dont vous êtes certain de ne pas avoir besoin. Pour tout le reste, il existe mieux.

OPCVM monétaires : la liquidité avant tout

Pour la partie de votre trésorerie qui doit rester disponible à court terme — ce qu'on appelle le "matelas de sécurité opérationnel" — les OPCVM monétaires sont la solution naturelle.

Ces fonds investissent en obligations d'État à très court terme et en instruments du marché monétaire. Leur rendement suit de près le taux ESTR (anciennement EONIA), qui évolue actuellement autour de 3,5 % brut, soit environ 2,6 % net d'IS.

C'est le bon outil pour votre trésorerie opérationnelle — les sommes dont vous pourriez avoir besoin dans les 6 prochains mois. Pour tout ce qui dépasse, on peut faire mieux.

Le contrat de capitalisation : l'assurance vie de votre société

Peu de dirigeants le savent, mais les personnes morales (SARL, SAS, SA...) peuvent souscrire un contrat de capitalisation. C'est l'équivalent de l'assurance vie pour les entreprises — avec des différences importantes.

Le contrat de capitalisation vous permet d'accéder à un fonds euros sécurisé (rendement autour de 2,5 à 4 % selon les assureurs) et à des unités de compte diversifiées : SCPI, OPCVM, ETF, et même des produits structurés selon les assureurs. L'allocation peut être modifiée sans liquider le contrat.

Pour une trésorerie sur un horizon de 2 à 5 ans, c'est souvent la meilleure enveloppe : sécurisée sur la partie fonds euros, avec un potentiel de performance sur les unités de compte, et fiscalement efficace sur le long terme.

L'inconvénient : les rachats peuvent prendre quelques semaines (là où un OPCVM monétaire est disponible en 48h). Ce n'est donc pas la bonne solution pour la trésorerie opérationnelle.

Le compte-titres société et les produits structurés : aller chercher du rendement

C'est la solution la moins connue des dirigeants, et souvent la plus intéressante pour une trésorerie stratégique dont vous n'avez pas besoin avant 3 à 6 ans.

Votre société peut ouvrir un compte-titres au nom de la personne morale. Ce compte donne accès à l'ensemble des instruments financiers : ETF, obligations, OPCVM, et surtout des produits structurés conçus spécifiquement pour ce type d'usage.

Les produits structurés à capital garanti : sécurité et potentiel de rendement

Un produit structuré à capital garanti est une obligation émise par une grande banque (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole CIB...) dont la formule garantit le remboursement intégral de votre capital à l'échéance, quoi qu'il arrive aux marchés. En échange de cette sécurité sur le capital, vous bénéficiez d'un potentiel de rendement conditionnel lié à la performance d'un indice.

Il en existe deux grandes familles :

1. Capital garanti + coupon conditionnel

Exemple concret : produit sur Euro Stoxx 50, durée 5 ans, émis par BNP Paribas (notation A+).

Exemple : produit structuré capital garanti, coupon conditionnel 5,5 %/an
Scénario à échéance
Performance indice
Ce que vous recevez
Marché stable ou en hausse
Euro Stoxx 50 > −10 % sur 5 ans
100 % capital + 5,5 %/an = +27,5 % sur 5 ans
Marché en baisse modérée
Euro Stoxx 50 entre −10 % et −40 %
100 % capital remboursé, 0 % coupon
Krach majeur (défaut émetteur)
Défaut BNP Paribas
Risque de perte (exceptionnel avec une banque A+)

2. Capital garanti + participation à la hausse

L'autre variante : le produit ne verse pas de coupon conditionnel, mais vous donne une participation à la performance positive de l'indice — en général entre 70 et 100 % de la hausse, avec un plancher à 0 %.

Exemple : si l'Euro Stoxx 50 monte de 35 % sur 5 ans, vous percevez 28 % (80 % de 35 %). S'il baisse, vous récupérez 100 % de votre capital. C'est une façon d'avoir une exposition aux marchés actions sans risquer son capital — particulièrement adaptée à une trésorerie d'entreprise.

Le point critique : la garantie n'est pas celle du FGDR

Important : dans un produit structuré à capital garanti, la garantie est celle de l'émetteur (la banque qui émet le produit), pas du Fonds de Garantie des Dépôts. Si la banque émettrice fait défaut, vous perdez votre capital. C'est pour cela qu'on ne travaille qu'avec des émetteurs investment-grade (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole CIB, Natixis...) et qu'on diversifie les émetteurs au-delà de 200 000 €. En pratique, la probabilité de défaut d'une banque systémique française sur 5 ans est infime — mais elle n'est pas nulle et doit être expliquée clairement.

Comparaison DAT vs produit structuré capital garanti (300 000 €, 5 ans)

Critère DAT 3 % (1 an, renouvelé) Produit structuré capital garanti
Rendement brut potentiel 3 % fixe 5 à 6 % si conditions remplies
Rendement net IS (25 %) 2,25 % 3,75 à 4,5 %
Capital à l'échéance 100 % (FGDR jusqu'à 100k€) 100 % (garanti émetteur investment-grade)
Liquidité Bloqué (pénalité si sortie anticipée) Valeur de marché variable avant échéance
Upside si marchés montent Aucun Oui (conditionnel ou participation)
Horizon recommandé 1 à 3 ans 3 à 6 ans
Accessible en compte-titres société Non (produit bancaire) Oui

Et les autocalls ? Pour aller encore plus loin

Pour la part de trésorerie vraiment "dormante" — les réserves que vous n'utiliserez pas avant 4 à 8 ans — les produits structurés autocall permettent de viser des rendements conditionnels de 7 à 9 % par an.

La différence avec les produits à capital garanti : ici, le capital n'est pas garanti à 100 %. Il est protégé jusqu'à une barrière (généralement −40 à −50 % de l'indice à l'échéance). En dessous de cette barrière, vous subissez la perte de l'indice. Ce n'est pas adapté à votre trésorerie opérationnelle, mais peut l'être pour des réserves stratégiques sur horizon long.

Ces produits sont détaillés dans notre article Produits structurés : avantages, inconvénients et barrières de protection.

Comparatif complet des solutions de placement pour personnes morales

Solution Rendement brut Liquidité Risque capital Horizon min.
Compte courant / livret pro ~0,5 % Immédiate Nul
DAT (dépôt à terme) 2,5–3,5 % Bloqué Nul (FGDR 100k€) 1–3 ans
OPCVM monétaires ~3,5 % J+1 / J+2 Très faible 0–6 mois
Contrat de capitalisation (fonds euros) 2,5–4 % Quelques semaines Très faible 2–5 ans
Produit structuré capital garanti (compte-titres) 0–6 % conditionnel Valeur de marché Très faible* 3–6 ans
Produit structuré autocall (compte-titres) 7–9 % conditionnel Valeur de marché Modéré (barrière 50–60 %) 4–8 ans
SCPI en nom de la société 4–6 % 1–6 mois (marché secondaire) Faible à moyen 5–10 ans

*Risque émetteur résiduel — utiliser uniquement des émetteurs investment-grade. Tous les rendements sont bruts d'IS.

Quelle stratégie selon votre situation ?

La bonne allocation dépend de trois variables : le montant de trésorerie, votre Besoin en Fonds de Roulement (BFR) et votre horizon de placement. Voici trois profils types.

Profil 1

Trésorerie de précaution (horizon < 1 an)

100 % OPCVM monétaires. La priorité est la disponibilité, pas le rendement. Ne bloquez rien dans un DAT si vous ne pouvez pas garantir l'horizon.

Profil 2

Trésorerie excédentaire stable (horizon 1–3 ans)

50 % OPCVM monétaires (poche liquide) + 50 % contrat de capitalisation fonds euros. Le DAT peut être utilisé pour une petite part si vous êtes certain de l'horizon — jamais au-delà de 100 000 € par banque.

Profil 3

Réserves long terme (horizon 3–6 ans)

30 % OPCVM monétaires + 30 % contrat de capitalisation (fonds euros + UC) + 40 % compte-titres société avec produits structurés à capital garanti. C'est la combinaison qui offre le meilleur équilibre rendement/risque pour une trésorerie stratégique.

Exemple chiffré : 400 000 € de trésorerie stable, horizon 4–5 ans. Allocation recommandée : 80 000 € en OPCVM monétaires (poche opérationnelle), 120 000 € en contrat de capitalisation fonds euros, 200 000 € en compte-titres avec 2 produits structurés capital garanti (100 000 € par émetteur pour diversifier le risque émetteur). Rendement cible global net d'IS : 3 à 4 %/an contre 2,25 % net avec un DAT seul.

Questions fréquentes

Une SCI ou une holding peut-elle aussi placer sa trésorerie de cette façon ?

Oui. Les contrats de capitalisation et les comptes-titres sont accessibles à toutes les personnes morales : SARL, SAS, SA, holding, SCI soumise à l'IS. La SCI soumise à l'IR ne peut pas souscrire un contrat de capitalisation, mais peut investir en SCPI ou ouvrir un compte-titres.

Comment sont imposés les gains dans un compte-titres société ?

Les plus-values et revenus générés dans un compte-titres d'une société sont intégrés au résultat fiscal et imposés à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà). Il n'y a pas de PFU ni de prélèvements sociaux — la fiscalité est donc souvent plus légère que pour un investisseur particulier.

Peut-on sortir d'un produit structuré avant l'échéance ?

Techniquement oui — le produit a une valeur de marché quotidienne. Mais cette valeur peut être inférieure au capital investi si les conditions ne sont pas favorables. Les produits structurés sont conçus pour être détenus jusqu'à l'échéance. C'est pourquoi ils ne sont adaptés qu'à la trésorerie dont vous n'avez pas besoin sur la durée du produit.

Quel est le ticket minimum pour un produit structuré en compte-titres société ?

La plupart des produits distribués aux personnes morales ont un ticket d'entrée de 100 000 € par produit. Certains émetteurs acceptent 50 000 €. En dessous, le contrat de capitalisation avec unités de compte est souvent plus adapté (accessibilité dès 10 000 €).

Le DAT est-il vraiment garanti jusqu'à 100 000 € ?

Oui, pour les personnes morales éligibles, le Fonds de Garantie des Dépôts (FGDR) couvre jusqu'à 100 000 € par établissement. Au-delà, vous êtes un créancier chirographaire de la banque. C'est l'un des rares avantages réels du DAT — et la raison pour laquelle il garde une place pour les montants inférieurs à ce seuil, sur des horizons courts.


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