Je vais vous parler d'un cas que je rencontre régulièrement dans le Nord - Pas-de-Calais. Un dirigeant de SARL vient me voir. Son entreprise tourne bien : plus de 100 000 euros de bénéfices par an. Mais il n'a pas besoin de tout cet argent pour vivre. Il se verse un salaire confortable, et le reste s'accumule sur le compte courant de sa société.
Quand je lui demande ce qu'il compte faire de ces 300 000 euros qui dorment, la réponse est souvent la même : "je ne sais pas trop, je pensais me les verser un jour." Et quand on fait le calcul ensemble de ce que ça lui coûterait de se les verser maintenant, la conversation devient sérieuse.
Le problème : 30 % perdus à chaque euro distribué
Lorsqu'un dirigeant de SARL (ou de SAS) se verse des dividendes, ces derniers sont soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 %, également appelé flat tax, qui se décompose ainsi :
- 12,8 % d'impôt sur le revenu
- 17,2 % de prélèvements sociaux
Sur 100 000 euros de dividendes distribués, il reste donc 70 000 euros nets dans la poche du dirigeant. Les 30 000 euros restants partent en impôts et charges.
Quand le dirigeant n'a pas réellement besoin de ces revenus supplémentaires, cette taxation est particulièrement douloureuse : il paie 30 % pour récupérer un argent qu'il va immédiatement replacer sur un livret ou une assurance vie. Autant dire qu'il finance l'État pour rien.
Si vous n'avez pas besoin de ces bénéfices pour vivre, se les distribuer en dividendes est probablement la pire chose à faire fiscalement. Il existe une alternative qui change tout : la holding patrimoniale.
La solution : le régime mère-fille et la holding patrimoniale
Une holding patrimoniale est une société (généralement une SAS ou SARL) qui détient les parts de votre société opérationnelle. Elle n'a pas d'activité commerciale propre : son rôle est de recevoir les dividendes de votre société et de les réinvestir.
Ce qui rend ce mécanisme puissant, c'est le régime fiscal mère-fille, prévu par l'article 145 du Code général des impôts. Voici comment il fonctionne :
- Les dividendes remontent de votre SARL vers la holding
- La holding bénéficie d'un abattement de 95 % sur ces dividendes
- Seuls 5 % du montant reçu sont soumis à l'IS
- Au taux réduit de 15 % (jusqu'à 42 500 euros de bénéfices), ou au taux normal de 25 %
En pratique, le taux effectif d'imposition sur les dividendes remontant vers la holding est de 0,75 % à 1,25 % selon le taux d'IS applicable, contre 30 % en distribution directe.
La comparaison chiffrée : 100 000 euros de dividendes
| Scénario | Montant distribué | Imposition | Net disponible |
|---|---|---|---|
| Distribution directe (PFU) | 100 000 € | 30 000 € (30 %) | 70 000 € |
| Remontée via holding (mère-fille) | 100 000 € | 1 250 € (1,25 %) | 98 750 € |
Sur 100 000 euros, l'économie est de 28 750 euros par an. Sur 300 000 euros déjà accumulés, c'est près de 86 000 euros qui peuvent rester dans l'enveloppe au lieu de partir en impôts.
Et cette différence ne se limite pas à l'année en cours : chaque année que dure la structure, l'écart se creuse davantage grâce à l'effet de capitalisation.
Le schéma de la structure
Romain Wims (personne physique)
↓ détient 100 % Holding patrimonialeSAS Wims Patrimoine (IS)
↓ détient les parts de Société opérationnelleSARL XYZ (activité commerciale)
↑ dividendes remontent à 1,25 % d'IS effectifQue faire des fonds dans la holding ?
Une fois les dividendes remontés dans la holding, encore faut-il les faire fructifier intelligemment. Laisser de l'argent sur un compte courant de holding, c'est le même problème qu'au départ : rien ne travaille.
Les deux véhicules les plus adaptés pour investir depuis une holding :
Le compte-titres ordinaire (CTO) ouvert au nom de la holding. Il permet d'investir sur des actions, obligations, ETF, fonds de distribution, SCPI en direct... Les revenus générés (dividendes de portefeuille, coupons) restent dans la holding et se réinvestissent. La taxation s'applique uniquement à l'IS, au taux en vigueur, sur les plus-values et revenus réalisés. Tant que vous ne sortez pas les fonds de la holding, la capitalisation est continue et peu frottée fiscalement.
Le contrat de capitalisation, version "entreprise" de l'assurance vie. Il permet d'accéder aux mêmes supports (fonds en euros, unités de compte) mais depuis une personne morale. Son avantage : la base taxable à l'IS est calculée sur un taux technique forfaitaire, bien inférieur aux rendements réels. La capitalisation s'en trouve encore accélérée.
Dans la holding de ce dirigeant, on a opté pour un compte-titres investi sur des fonds obligataires à rendement distribué et des ETF diversifiés. Les revenus se réinvestissent automatiquement. L'objectif : faire grossir la boule de neige pendant 15 à 20 ans avant la retraite.
La retraite : se verser un salaire depuis la holding
Au moment de la retraite, le dirigeant a plusieurs options pour récupérer les fonds accumulés dans la holding.
La plus courante : se verser un salaire depuis la holding. Il devient gérant ou président rémunéré de sa propre holding. Ce salaire est soumis à l'impôt sur le revenu et aux cotisations sociales, mais il est déductible du résultat de la holding, ce qui réduit son IS. Et surtout, le dirigeant contrôle le montant et le timing : il se verse exactement ce dont il a besoin chaque année, en optimisant sa tranche marginale d'imposition.
Autre option : distribuer des dividendes de la holding à titre personnel, cette fois au moment choisi, avec une tranche marginale d'imposition probablement plus basse qu'en période d'activité.
La cession d'entreprise : un avantage fiscal majeur
La holding prend encore plus de sens lorsqu'on anticipe une vente de l'entreprise opérationnelle. Deux mécanismes peuvent s'appliquer selon la structure mise en place :
La cession des titres par la holding. Si c'est la holding qui vend les parts de la SARL (et non le dirigeant directement), la plus-value de cession est imposée à l'IS dans la holding, mais sous le régime des titres de participation : exonération à 88 % (quote-part de frais et charges de 12 % soumise à l'IS). Soit une taxation effective de 3 % de la plus-value, contre 30 % pour une cession en direct.
Le dispositif d'apport-cession (article 150-0 B ter). Si le dirigeant apporte ses titres à la holding avant la cession, la plus-value est mise en report d'imposition. À condition de réinvestir au moins 60 % du produit de cession dans des actifs éligibles (PME, fonds, etc.) dans les deux ans, l'imposition reste suspendue jusqu'à la sortie réelle des fonds.
Un dirigeant qui vend son entreprise 2 millions d'euros sans holding paiera environ 600 000 euros de flat tax. Avec une structure holding adaptée et anticipée, cette même cession peut générer une économie de plusieurs centaines de milliers d'euros selon le montage retenu.
Les conditions pour que ça fonctionne
Le régime mère-fille impose quelques conditions à respecter :
- La holding doit détenir au moins 5 % du capital de la société filiale
- Les titres doivent être détenus depuis au moins 2 ans (ou s'engager à les conserver 2 ans)
- Les deux sociétés doivent être soumises à l'IS
- La holding doit avoir une réelle existence (siège, assemblées, comptabilité distincte)
À partir de quand ça vaut le coup ?
La création d'une holding a un coût : entre 1 500 et 3 000 euros de frais de création avec un avocat ou un expert-comptable, plus les frais de gestion annuels (comptabilité de la holding, assemblées générales). En dessous d'un certain niveau de bénéfices non distribués, le jeu n'en vaut pas la chandelle.
En pratique, la holding patrimoniale devient pertinente à partir du moment où :
- Votre société génère plus de 50 000 à 80 000 euros de bénéfices que vous ne souhaitez pas vous verser
- Vous avez un horizon de capitalisation d'au moins 5 à 10 ans
- Vous envisagez une cession de votre entreprise à moyen ou long terme
- Vous souhaitez préparer votre retraite en dehors du régime social des TNS
La holding patrimoniale n'est pas un montage complexe réservé aux grandes fortunes. C'est un outil accessible à beaucoup de dirigeants de PME dans le Pas-de-Calais, qui n'en ont simplement jamais entendu parler par leur banque. Parce que leur banque n'a pas intérêt à leur en parler.
À lire aussi
Vous avez des bénéfices qui s'accumulent dans votre société ?
En 20 minutes, on regarde si une holding patrimoniale est adaptée à votre situation. Chiffres à l'appui, sans engagement.
Réserver un appel découverte